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jeudi 7 novembre 2013

Mystérieuse disparition III ?

(c) Peter Williams pour le COE
Les fins d’assemblée peuvent être un peu confuses. En très peu de temps et dans des délais contraints, donc avec peu de débat et de recul, il s’agit d’adopter des textes qui, parfois, engagent pourtant l’avenir.

Parmi ces textes se trouvent des orientations pour le travail du COE pour les années à venir, proposées par un comité d’orientation du programme et soumises à l’approbation de l’assemblée. La première partie de ce document propose d’envisager les années qui viennent du COE comme un cheminement (pilgrimage) de justice et de paix.

Parce que, selon les termes utilisé par l’un des délégués au micro, il peut s’agir de formules incantatoires et un peu creuses (a new mantra a-t-il dit), une phrase avait été ajoutée dans la première version du document : « L’assemblée demande instamment qu’une réflexion biblique et théologique sur ‘un pèlerinage de justice et de paix’ soit entreprise dès le début du pèlerinage ».

Dans une deuxième version, le comité d’orientation du programme a supprimé cette phrase…

Faux pas de fin session d’une assemblée fatiguée ? Ou épisode significatif, à mettre en rapport avec l’effacement du travail théologique de Foi & constitution ?

Laurent Schlumberger

mercredi 6 novembre 2013

François Clavairoly, président de la Fédération Protestante de France, est interviewé par une journaliste du pacifique

Lors de l'Assemblée à Busan, le pasteur François Clavairoly a été interviewé par  Iteata Tevaarauhara, journaliste du pacifique. On reprend cet entretien sur le blog. La photo vient de Regards protestants.

Président de la Fédération protestante de France depuis le 1er octobre 2013, le pasteur François Clavairoly, participe à sa première Assemblée du COE. Cette fédération regroupe environ 800 000 personnes et 28 unions d’Eglises issues de toutes les sensibilités du protestantisme. Rencontre avec le pasteur François Clavairoly à Busan.
Quelles sont les attentes de la Fédération protestante de France par rapport à l’Assemblée?
C’est l’occasion de participer aux débats internationaux des Églises, en particulier d’aborder toutes les questions relatives à la justice. La France a la chance de vivre en démocratie, dans une Europe réconciliée. Mais elle est témoin des déchirures dans le monde, notamment de celles dans les pays d’Afrique subsaharienne où elle est engagée dans des relations fraternelles et bilatérales depuis très longtemps. Par exemple, la situation au Congo nous alerte beaucoup.

La situation des îles du Pacifique est aussi particulièrement préoccupante. La Fédération protestante de France soutient ces îles qui risquent de disparaître. En particulier par rapport à la question de l’éco-justice. Mais aussi par rapport au combat de l’église protestante Maohi face aux victimes des essais nucléaires entrepris par l’Etat français à Moruroa et Fangataufa.

Quels sont les principaux défis des protestants en France actuellement?
Il y en a trois. Tout d’abord, l’unité du protestantisme parce qu’il est éclaté et dissimilé. Mais actuellement, il y a des dynamiques d’union qu’il faut saluer. Je pense que la Fédération protestante de France joue un rôle important pour fédérer et unir toute ses églises.
Un autre défi est le dialogue œcuménique avec les partenaires catholiques et pentecôtistes mais aussi le dialogue interreligieux avec l’islam et le judaïsme.
Je pense que notre troisième challenge est de trouver notre place dans une société de plus en plus sécularisée où la foi chrétienne devient une question plus qu’une réponse. Mais cette situation se retrouve dans plusieurs pays.
Que vous apporte l’Assemblée face à ces défis ?
L’Assemblée est un forum irremplaçable où l’on peut dialoguer sur ces questions avec des points de vue extrêmement différents. Le dialogue lui-même est déjà une action. Le dialogue est un moyen de se convertir, de changer sa position et de mieux comprendre les enjeux. Le COE a une réelle vocation pour les églises elles-mêmes et pour le monde.
 
Qu’est-ce qui vous a beaucoup marqué pendant cette Assemblée?
Tout d’abord, l’accueil extraordinaire, simple et efficace.
Parmi les conférences auxquelles j’ai assisté, les paroles fortes exprimées par le rabbin d’Israël m’ont particulièrement touché. Parlant au nom du judaïsme mondial, il a évoqué les efforts du COE. Et il a évoqué, avec la création de l'Etat palestinien, un chemin possible vers la réconciliation, tout en citant le récit de la Genèse ainsi que la réconciliation de Jacob et Esaü.
J’ai aussi été ému par l’espérance qui habitait le président de la Fédération luthérienne mondiale. La 10e Assemblée m’a impressionnée par la richesse des dialogues ainsi que par la diversité des personnes et des églises présentes.

On pourra obtenir des photos en haute résolution sur photos.oikoumene.org
Site web officiel de la 10e Assemblée du COE
(c) Iteata Tevaarauhara, journaliste francophone pour le COE à Busan.

Sur le travail à venir du COE

Voici le texte de l'intervention faite par Laurent Schlumberger en séance plénière, à propos du programme du COE pour les années à venir :

COE/Lindén-Montes
"Nous avons surtout évoqué la vie, la justice et la paix, à partir de contextes dans lesquels elles sont bafouées et en songeant aux engagements qui devraient être les nôtres et ceux de nos Églises. Nous avons bien fait.

Nous avons ainsi privilégié les convergences avec toutes celles et tous ceux, quelles que soient leurs références et leurs convictions, qui ont le souci de la planète, des hommes et des femmes, et de chaque être humain. Tant mieux, car nous devons chercher à agir de la manière la plus ouverte et la plus inclusive possible.

Mais, du coup, nous avons peut-être insuffisamment rappelé ceci, qui me paraît pourtant fondamental. La vie, la justice et la paix ne sont pas d’abord notre œuvre, elles sont d’abord un don gratuit, immérité. Et nous croyons – et c’est cela que je veux souligner – nous croyons qu’elles sont données et pleinement reçues en Jésus-Christ.

Nous n’avons peut-être pas assez pris soin d’articuler vie, justice et paix dans une réflexion proprement théologique et je dirais plus précisément christologique.

Pourtant, selon les Écritures, Jésus-Christ dit : « moi, je suis la vie ». Et l’apôtre Paul, en particulier, souligne de nombreuses fois et de nombreuses manières que Christ est notre justice. Et il affirme également, ainsi que l’évangéliste Jean par exemple, que Christ est notre paix. Et la base de la constitution du Conseil œcuménique dit que nous sommes « une communauté fraternelle d’Églises qui confessent le Seigneur Jésus-Christ comme Dieu et Sauveur selon les Écritures ».

Nous devrions être attentifs à toujours et explicitement référer nos propos, nos convictions et nos engagements à Jésus, le Christ. Sinon, ils perdront leur goût et deviendront fades ; ils perdront leur lumière et deviendront ternes.

C’est un souhait que je formule en pensant aux travaux du comité central, des différents programmes, et aussi aux travaux de Foi et Constitution dont nous n’avons malheureusement à peu près pas parlé et je le regrette, car c’est le premier lieu de travail théologique du COE.

Si, au milieu des détresses et des promesses du monde, nous n’affirmons pas explicitement que la vie, la justice et la paix ont leur source en Jésus-Christ et trouvent leur plénitude en Jésus-Christ, si les Églises et les chrétiens ne le disent pas, inlassablement, à temps et à contretemps, qui le fera ?"
L. Schlumberger intervient en plénière (c) AS Guerrier

lundi 4 novembre 2013

Plénière sur l'Asie



C'est ma première participation à une assemblée du COE.
Jusqu'ici, je suis partagée entre l'impression qu'on s'écoute souvent parler, en se prenant peut-être trop au sérieux, et le sentiment d'appartenir à un grand corps relié par un même « lien sacré », porté par un même souffle, uni dans un Esprit de réelle communion. Il y a des mots creux, qui tentent de masquer les barrières qui rendent cette rencontre si difficile, et puis il y a des mots qui vivifient.

Lors de la réunion plénière sur l'Asie, beaucoup de théâtre, de l'émotion aussi. Et puis un homme se lève et prend la parole. Il vient du Sri Lanka. Il est évêque.
Il est posé, souriant, paisible. Il dit des mots très forts, il parle d'amour, de compassion.
Il rappelle que Jésus lui-même s'est toujours engagé auprès des marginalisés, des exclus et des victimes. C'est sa vocation à lui, sans aucun doute. Son expérience. Son ministère.
« Notre vocation comme Eglises est d'exercer la diaconie comme un engagement prophétique pour le changement de la société. »

Intervenants Plénière Asie (c) Johanna Montes pr le COE
Et puis il lance une idée, une boutade qui prend presque la forme d'une provocation :
Le lavement des pieds pourrait devenir un sacrement : ce geste proposé par le Christ, dit l'évêque, accompli par lui, et (re)commandé à ses disciples, possède tous les fondements scripturaires du sacrement, et remplacerait peut-être avantageusement l'eucharistie, qui manque tant à nos assemblées oecuméniques !!!
Un véritable  « appel du pied » ! Que celui qui a des oreilles...
Anne-Sophie Guerrier

dimanche 3 novembre 2013

Busan à mi-parcours

La 10ème assemblée du Conseil œcuménique des Églises est à mi-parcours. Faire un bilan d’étape est toujours un peu hasardeux : la suite peut confirmer cet arrêt sur image, elle peut au contraire le démentir, elle peut aussi ouvrir sur de tout autres directions. Mais parmi la foule des sentiments, des analyses et des réflexions que l’ont pourrait rapporter, deux me semblent se dégager nettement.

Sur le plan relationnel, l’assemblée est vraiment un événement. La très grande diversité des langues, des styles, des vêtements, des cultures, des options, des références, des contextes, des préoccupations, non seulement n’empêche pas la rencontre, mais elle la stimule. Le fait d’être Églises ensemble permet d’être immédiatement de plain-pied, de s’aborder, de s’interpeller, tout cela dans une ambiance souriante et spontanément détendue et chaleureuse.

Cette facilité heureuse, et même à certains égards jubilatoire, se vérifie aussi bien dans les rencontres interpersonnelles et informelles que dans les séances de travail. Pourtant, faire débattre et avancer deux mille personnes en séance n’est pas une mince affaire ! Mais les inévitables lourdeurs sont largement dépassées par la qualité de la modérature, par la procédure dite de consensus, extrêmement élaborée et légère à la fois, et par le sentiment partagé que tous sont là pour faire avancer la communauté d’Églises qu’est le COE.

A Busan, le terme « fraternel » n’est pas un vain mot.

En revanche, sur le plan du contenu, je reste sur ma faim. Si la part est largement faite aux expériences, au contexte, aux témoignages de terrain – et c’est une bonne chose – la mise en rapport de tout ce matériau avec une réflexion théologique structurée est faible. La référence christologique est rare. Ainsi, jamais jusqu’à maintenant les mots-phares du titre de l’assemblée (vie, justice, paix) n’ont été mis en rapport avec une christologie ; quand on pense au poids de ces mots chez Paul ou Jean, par exemple, c’est un tour de force ! Ces concepts ne sont d’ailleurs pas vraiment définis. Le flou ou l’implicite laissent plutôt la place à une sorte de spiritualisme vitaliste. D’ailleurs, le travail biblique est quasi inexistant. Du coup, les bons sentiments et le politiquement correct règnent, car qui peut être « contre » la vie, la paix, la justice ?

Sa seconde semaine commence. Mais d’ores et déjà, et sans aucun risque de se tromper, on peut souligner la qualité et l’intensité exceptionnelles de l’accueil réservé par les Églises coréennes à la 10ème assemblée du Conseil œcuménique des Églises.

Laurent Schlumberger

Unité et Justice sociale - Interview de Gail Allan, Eglise Unie du Canada



Dans le train qui nous emmenait au plus proche de la zone démilitarisée qui sépare Corée du Sud et Corée du Nord, j'étais assise à côté de Gail. J'en ai profité pour lui poser quelques questions.

CSG : Bonjour, vous êtes Gail Allan, de l’Église Unie du Canada : Comment ressentez-vous l’Assemblée pour l’instant ?

GA : Pour l’instant, je la vis bien, c’est passionnant de revoir des amis de longue date, de voir tant de personnes du monde entier, de rencontrer tant de gens qui vivent leur première assemblée. C’est bon aussi d’être relié à des « familles d’Église », en particulier le temps que nous avons eu qui a rassemblé les Églises unies et « unifiantes », où nous avons réfléchi sur ce que signifie être unis…
J’ai apprécié aussi d’entendre des idées émerger pour le programme du COE pour les 7 ans à venir, dans la plénière sur les questions d’actualité. Les plénière ont été vraiment intéressantes jusqu’ici ! La plénière sur le thème et celle sur l’Asie ont présenté de façon très émouvant les combats et la vision que nous voulons porter dans ce monde.

CSG : quelles étaient vos attentes concernant l’assemblée et l’assemblée y a-t-elle déjà répondu ?

GA : J’attends avec impatience la semaine prochaine, en particulier les plénières sur la justice et la paix, j’attends de voir comment nous allons développer l’idée de commencer durant cette assemblée un pèlerinage vers la justice et la paix. J’attends de voir si le rapport final va intégrer cela…
Et puis je participe à une conversation œcuménique (c’est-à-dire un groupe de travail qui a lieu l’après-midi pendant l’assemblée, sur 4 séances, NDT) sur les religions œuvrant ensemble pour la justice et la paix, et j’attends que nous approfondissions cela, que nous parlions ensemble de qu’est-ce que cela veut dire d’œuvrer ensemble, en particulier sur les questions de justice, et dans quelle direction nous allons.

CSG : Que signifie pour vous le thème de l’assemblée, dans le contexte de l’Église Unie du Canada ?

GA : Je suis très heureuse que ce thème ait été choisi car il reflète la préoccupation de l’Église Unie du Canada et ses engagements en faveur de la justice. Je pense que c’est aussi un thème porteur pour l’assemblée, il se rattache très bien avec le travail que font les Églises pour plus de justice. De façon plus particulière, J’espère qu’il va nous aider être plus informés et à travailler les questions de justice économique et d’autres questions liées, comme celles de la pratique de la justice, de actions concrètes pour la paix, du nucléaire, du pouvoir, des armes, et en particulier la question de comment travaillons-nous avec les personnes marginalisées. J’espère que ce thème encouragera les Eglises à penser ensemble la question : que signifie « être des communautés justes et inclusives » ?

L’autre chose à laquelle nous travaillons, dans l’Église Unie du Canada, c’est la justice pour les premières nations, les peuples indigènes (les amérindiens, NDT) et j’espère que nous allons entendre des réflexions et trouver des liens avec cette problématique dans le travail de l’assemblée ; j’espère aussi que nous pourrons partager nos expériences et entendre parler d’initiatives que nous pourrons rapporter dans notre propre Église.

Réponses recueillies et traduites par Claire Sixt-Gateuille