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dimanche 3 novembre 2013

Un baptême au Nord


La DMZ (zone démilitarisée) qui sépare les deux Corées
C'est un des responsables dirigeants de la Presbyterian Church of Korea. Il nous a invités à petit-déjeuner avec lui, ce matin. Il est personnellement impliqué dans le partenariat avec l’Église protestante unie de France et nous pouvons donc discuter en confiance. Mais il est "très Coréen": impassible, affable, très diplomate.

Assez rapidement, la conversation vient sur la division de la Corée. Sans vouloir en rien amoindrir la gravité et la douleur du sujet, il nous arrive d'avoir le sentiment qu'il y a des postures, une sorte de discours convenu. Mais ce matin, la conversation prend une tournure personnelle.

Notre interlocuteur évoque les efforts qu'il mène avec sa communauté pour venir en aide aux chrétiens coréens du Nord. Il parle de l’Église souterraine, dont on sait qu'elle existe mais dont on ignore à peu près tout. Il va pourtant fréquemment là-bas, en passant par la Chine, mais il sait combien il faut se méfier de tous les informateurs.

Son ton se fait plus circonspect encore. Le rythme de son propos, déjà soigneusement calculé, ralentit.

A près un instant d'hésitation, il nous raconte qu'à l'occasion de l'un de ses voyages, il a baptisé un homme et sa fille. Dans sa chambre d'hôtel. En cachette. Depuis, il n'a jamais cherché à avoir de leurs nouvelles, car il sait toute tentative de contact de sa part les désignerait comme suspects et signifierait leur disparition, en prison ou pire.

Et soudain, le visage impénétrable de ce grand homme, familier des usages, rompu aux nécessités du protocole, habitué à se maîtriser en toutes circonstances, se crispe.

Il pleure en silence.

Le drame de ce pays et de tant de familles coréennes nous a rattrapés.

Laurent Schlumberger

Un nuage passe

Vendredi après-midi, l’archevêque Hilarion de Volokolamsk, « ministre des affaires étrangères » du patriarcat de Moscou, s’est livré à une attaque en règle contre la sécularisation, l’effondrement de la famille, l’islamisme radical…
Au-delà de ces lignes de front, il visait certaines Églises manquant selon lui de courage et de fidélité. Il a appelé à une profonde révision des priorités du Conseil œcuménique. Pourquoi pas, après tout ? L’assemblée est précisément réunie pour débattre d’orientations et toutes sont à prendre en considération, avant de faire des choix.
Mais ce qui a surtout frappé, ce fut le ton de l’intervention. Présentée comme une simple adresse à l’assemblée, le propos était en fait long et très soigneusement préparé, alors même qu’il ne figurait pas à l’ordre du jour. N’eût été l’insistance de plusieurs délégués, il n’aurait pas même été possible de mettre l’allocution en débat.
Plus encore, le propos, qualifié après coup de « brutal » par un très bon connaisseur des arcanes œcuméniques, baignait dans une sorte d’atmosphère diffuse de chantage subliminal. On aurait juré entendre une petite musique chuchotant « si le COE ne change pas… ».
Averse sans lendemain ou lourd nuage annonciateur d’orage ? Les après-midis un peu agités peuvent être suivis de matins calmes. Surtout en Corée.
Laurent Schlumberger

lundi 14 octobre 2013

Une famille, une expérience et un élan - les attentes de Laurent Schlumberger quant à l'assemblée de Busan - interview 2ème partie



Laurent Schlumberger, Président de l'EPUdF
Aujourd'hui, suite de l'interview de Laurent Schlumberger, à propos de ses attentes. 

CSG : Nous sommes donc à trois semaines de l’Assemblée du Conseil œcuménique des Eglises à Busan, en Corée du Sud. Vous y serez présent en tant que délégué de l’Eglise Protestante unie de France, quelles sont vos attentes vis-à-vis de cette Assemblée ? 


LS : Eh bien, j’en attends trois choses. J’attends d’abord que ce soit une fête, une vraie fête. Il y a des milliers de personnes qui viennent de partout, qui se réjouissent de venir ; il y a un côté « grand Happening », enfin, une espèce de grand rassemblement où plein de choses se passent. J’attends donc que ce soit une vraie fête, et une fête de famille, puisque tous les sept ans, à peu près, les membres de la famille œcuménique, appelés et invités par le Conseil œcuménique se retrouvent. J’attends que cette fête de famille soit créatrice de confiance. Dans les fêtes de famille, on ne connait pas forcément tous les cousins, mais on relie les histoires des uns et des autres, le passé, on prend connaissance des projets d’avenir. Ça c’est la première chose que j’attends : une fête de famille créatrice de confiance. 


La deuxième chose que j’attends – et elle est un peu plus importante – c’est que j’attends de cette assemblée une expérience spirituelle personnelle. C’est-à-dire que je vais rencontrer beaucoup de gens, et j’attends que ces rencontres soient des rencontres en vérité. Des rencontres authentiques, pas des rencontres avec seulement des responsables d’Eglises qui seront là à ce titre ; et d’ailleurs il y aura des gens qui seront à des titres très divers, très variés, à l’Assemblée. Dans la rencontre avec des frères et des sœurs, j’attends d’être surpris, déplacé, enrichi, nourri spirituellement. 


Et puis la troisième chose que j'attends, et qui est plus liée à l'événement proprement dit, au fait que c'est une assemblée du Conseil œcuménique, c'est un élan et une union "élargie", si je puis dire, pour un témoignage renouvelé. La question de la mission, du témoignage, de l'évangélisation, appelons ça comme on veut, est la grande question, sans doute – ou une des grandes questions – qui est au cœur de la vie du mouvement œcuménique et devant lui. Et de cette fête de famille et de cette expérience spirituelle, j’attends qu’elle donne un élan pour que nous puissions mieux être témoins là où nous sommes. 


réponse recueillie par Jane Stranz et Claire Sixt Gateuille

photo (c) Jane Stranz